Gacougnol

PHOTOGRAPHY ART
Experimental Ambient Drone Psychedelic Modern Classical

ROGER GILBERT-LECOMTELE FILS DE L’OS PARLEJe frappe comme un sourd à la porte des mortsJe frappe de la tête qui gicle rougeOn me sort en bagarre on m’emmèneAu commissariatRafraîchissement du passage à tabacLes vachesCe n’est pas moi pourtantQui ai commencéÀ la porte des morts que je voulais forcerSi je suis défoncé saignant stupide et blêmeEt rouge par traînéesC’est que je n’ai jamais voulu que l’on m’emmèneLoin des portes de la mort où je frappaisDe la tête et des pieds et de l’âme et du vide Qui m’appartiennent et qui sont moiMourez-moi ou je meurs tuez-moi ou je tueEt songez bien qu’en cessant d’exister je vous suicideJe frappe de la tête en sang contre le ciel en creuxAu point de me trouver debout mais à l’enversDevant les portes de la mortDevant les portes de la merDevant le rire des mortsDevant le rire des mersSecoué dispersé par le grand rire amerÉpars au delà de la porte des mortsDisparueMais je crie et mon cri me vaut tant de coups sourdsQu’assommé crâne en feu tombé je beugle et mordsEt dans l’effondrement des sous-sols des racinesTout au fond des entrailles de la terre et du ventreJe me dresse à l’envers le sang solidifiéEt les nerfs tricoteurs crispés jusqu’à la transePiétinez piétinez ce corps qui se refuseA vivre au contact des mortsQue vous êtes pourris vivants cerveaux d’orduresRegardez-moi je monte au-dessous des tombeauxJusqu’au sommet central de l’intérieur de toutEt je ris du grand rire en trou noir de la mortAu tonnerre du rire de la rage des mortsRoger Gilbert-LecomteLA VIE L’AMOUR LA MORT LE VENT ET LE VIDEÉditions des Cahiers Libres, Paris, 1933.Éditions Gallimard, Paris, 1977.

ROGER GILBERT-LECOMTE

LE FILS DE L’OS PARLE

Je frappe comme un sourd à la porte des morts

Je frappe de la tête qui gicle rouge

On me sort en bagarre on m’emmène

Au commissariat

Rafraîchissement du passage à tabac

Les vaches

Ce n’est pas moi pourtant

Qui ai commencé

À la porte des morts que je voulais forcer

Si je suis défoncé saignant stupide et blême

Et rouge par traînées

C’est que je n’ai jamais voulu que l’on m’emmène

Loin des portes de la mort où je frappais

De la tête et des pieds et de l’âme et du vide

Qui m’appartiennent et qui sont moi

Mourez-moi ou je meurs tuez-moi ou je tue

Et songez bien qu’en cessant d’exister je vous suicide

Je frappe de la tête en sang contre le ciel en creux

Au point de me trouver debout mais à l’envers

Devant les portes de la mort

Devant les portes de la mer

Devant le rire des morts

Devant le rire des mers

Secoué dispersé par le grand rire amer

Épars au delà de la porte des morts

Disparue

Mais je crie et mon cri me vaut tant de coups sourds

Qu’assommé crâne en feu tombé je beugle et mords

Et dans l’effondrement des sous-sols des racines

Tout au fond des entrailles de la terre et du ventre

Je me dresse à l’envers le sang solidifié

Et les nerfs tricoteurs crispés jusqu’à la transe

Piétinez piétinez ce corps qui se refuse

A vivre au contact des morts

Que vous êtes pourris vivants cerveaux d’ordures

Regardez-moi je monte au-dessous des tombeaux

Jusqu’au sommet central de l’intérieur de tout

Et je ris du grand rire en trou noir de la mort

Au tonnerre du rire de la rage des morts

Roger Gilbert-Lecomte

LA VIE L’AMOUR LA MORT LE VENT ET LE VIDE

Éditions des Cahiers Libres, Paris, 1933.

Éditions Gallimard, Paris, 1977.

  • 22 March 2011
  • 4